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Le Coran fait obligation aux Musulmans de croire en la Bible. Pour autant, le Coran, lui aussi, contient de nombreux textes sur Jésus-Christ (Issa al Massih [2]).

Le Coran attribue à Issa des prérogatives et des titres extraordinaires, attribués à aucun autre être humain, ni à aucun autre prophète.

A. Les affirmations coraniques au sujet du Messie

A1. La naissance virginale

« Comment, répondit-elle (Marie) aurai-je un fils ? Nul homme ne s’est approché de moi… » [3].

A2. Il est un Prophète de Dieu

« … Le Messie, Jésus fils de Marie, est l’Apôtre (le Prophète) de Dieu et son verbe (kalima) qu’il jeta dans Marie : il est un esprit venant de Dieu… » [4].

A3. II est proche de Dieu

« Les anges dirent à Marie : Dieu t’annonce son Verbe. Il se nommera le Messie, Jésus fils de Marie, honoré dans ce monde et dans l’autre, et un des confidents de Dieu » [5].

A4. II est sans péché

« … il sera du nombre des justes. » [6].

« Il (l’ange) répondit (à Marie) : Je suis l’envoyé de ton Seigneur, chargé de te donner un fils saint » [7].

A5. Le Messie est Jésus [Issa]

« Les anges dirent à Marie : Dieu t’annonce son Verbe. Il se nommera le Messie, Jésus fils de Marie… » [8].

A6. C’est un thaumaturge

« II lui enseignera le livre et la sagesse, le Pentateuque et l’Evangile. Jésus sera son envoyé auprès des enfants d’Israël. Il leur dira : Je viens vers vous accompagné de signes du Seigneur; je formerai de boue la figure d’un oiseau; je soufflerai dessus, et par la permission de Dieu, l’oiseau sera vivant; je guérirai l’aveugle de naissance et le lépreux; je ressusciterai les morts par la permission de Dieu; je vous dirai ce que vous aurez mangé et ce que vous aurez caché dans vos maisons… »[9].

Certains des miracles que mentionne le Coran ne se trouvent pas dans les Evangiles, mais dans certains écrits apocryphes, en particulier l’animation d’une figurine d’argile. Mais dans le récit de ce miracle, le Coran utilise le verbe « créer » (“halaqa ») qui, ailleurs dans le Coran, a toujours pour sujet Allah.

A7. Il est un Esprit émané de Dieu

« Le Messie, Jésus fils de Marie, est l’Apôtre de Dieu et son verbe qu’il jeta dans Marie : il est un esprit venant de Dieu » [10].

« Nous soufflâmes notre esprit à celle qui a conservé sa virginité; nous la constituâmes, avec son fils, un signe pour l’univers » [11].

« Et Marie, fille d’Amran, qui a conservé sa virginité. Nous lui inspirâmes une partie de notre esprit. Elle a cru aux paroles du Seigneur, aux livres qu’il a révélés, et elle était obéissante. »[12].

A8. II est un Verbe [kalima] émanant de Dieu

“Dieu t’annonce la naissance de (Iahia) Jean, qui confirmera la vérité du Verbe de Dieu; il sera grand, chaste et un des plus vertueux prophètes. » [13].

« Les anges dirent à Marie : Dieu t’annonce son Verbe. Il se nommera le Messie, Jésus fils de Marie, honoré dans ce monde et dans l’autre, et un des confidents de Dieu. » [14].

« …Le Messie, Jésus fils de Marie, est l’Apôtre de Dieu et son verbe qu’il jeta dans Marie : il est un esprit venant de Dieu… » [15].

Dans les textes ci-dessus, Jésus est qualifié de Parole ou Verbe (kalima) de Dieu. Le mot Parole(kalima) désigne, soit une prérogative immanente à la nature divine, soit une faculté extrinsèque de Dieu.

Si l’on admet cette dernière acception, le texte coranique signifierait qu’Allah aurait transféré une de ses facultés à Jésus, ce qui l’aurait alors amputé de cette faculté; cela est inconcevable, puisque Dieu serait alors incomplet. Mais, si (kalima) désigne un attribut intrinsèque, cela signifie qu’il fait partie de l’essence divine, et cela de toute éternité. Alors, le texte coranique signifie que la Parole éternelle s’est incarnée en Jésus-Christ, ce qui rejoint la doctrine chrétienne.

La « Parole jetée en Marie » et « l’Esprit émanant de lui » sont des expressions équivalentes. Or, selon XXI 91(91) et LXVI 11(12) ci-dessus, l’Esprit insufflé n’est pas un esprit créé au moment de l’insufflation. L’Esprit est une réalité immanente à Dieu, donc éternelle comme Dieu. En l’insufflant à Marie, c’est Dieu lui-même qui se communique pour opérer l’incarnation.

Toute autre interprétation bute à des difficultés insurmontables.
B. Les apparentes divergences entre Coran et Bible

B1. La filialité divine de Jésus

« Dis : Dieu est un. C’est le Dieu éternel. Il n’a point enfanté, et n’a point été enfanté. Il n’a point d’égal. » [16].

« Créateur du ciel et de la terre, comment aurait-il un enfant (walad), lui qui n’a point de compagne…? » [17].

« Louange à Dieu qui a envoyé à son serviteur le Livre, où il n’a point mis de tortuosités… Un livre destiné à avertir ceux qui disent : Dieu a un fils (walad) » [18].

Le mot arabe pour « fils » ou « enfant » dans ces textes est walad. Walad peut avoir un sens masculin tout autant que féminin, singulier tout autant que pluriel, de sorte que la meilleure traduction serait : « progéniture ». Boubakeur  [19] traduit d’ailleurs, dans ce passage, le motwalad par l’expression : « des enfants ».

Ce verset, selon la Sirâ d’Ibn Hischam, faisait allusion « aux Quraïchites qui adoraient les anges en tant que filles d’Allah ». Les contemporains de Muhammad, en effet, adoraient à côté d’Allah, plus particulièrement Lat, Uzza et Manat. [20]

Les textes ci-dessus réfutent une conception polythéiste de la divinité d’Allah. En revanche, chez les polythéistes, Dieu aurait engendré une progéniture (walad) aux déesses avec lesquelles il aurait eu des relations.

« … Les chrétiens disent : Le Messie est le fils (ibn) de Dieu. Telles sont les paroles de leurs bouches; elles ressemblent à celles des infidèles d’autrefois. Que Dieu leur fasse la guerre ! Qu’ils marchent à rebours ! » [21]. Pour autant, ici, le Coran n’affirme pas : Dieu n’a pas de « ibn ».

En effet, pour désigner une filiation au sens figuré ou au sens spirituel, c’est le terme « ibn »qu’utilisé le Coran. L’expression ibn as-sabil littéralement : « fils du chemin » signifie : « voyageur »[22]. Dans le hadith Kudsi, Allah dit : « Les pauvres seront mes fils (ibn) ». Ibn n’a donc pas le même sens que walad.

Le Coran condamne aussi une fausse trinité, constitué d’Allah, de Jésus et de Marie : « Dieu dit alors à Jésus : As-tu jamais dit aux hommes : Prenez pour dieux moi et ma mère plutôt que le Dieu unique ? (Ou : à côté du Dieu unique ?) Loin de ta gloire ce blasphème. Comment aurais-je pu dire ce qui n’est pas vrai ?… » [23].

« Infidèle (impie, mécréant) est celui qui dit : Dieu est un troisième de la Trinité. Il n’y a point de Dieu si ce n’est le Dieu unique… » [24].

Cette sorte de trithéisme avait cours dans des sectes apparues au quatrième siècle, celle des Collyridiens et encore active du temps de Muhammad et celle des Mariamistes. On retrouve cette fausse doctrine dans quelques écrits apocryphes, dont la version arabe de l’écrit Passage de la Bienheureuse Vierge Marie, et dans l’Evangile des Hébreux, également apocryphe.

Ce n’est pas la trinité – mieux : la tri-unité biblique – qui est condamnée ici, mais celles de soi-disant chrétiens ayant une fausse christologie. Si les authentiques chrétiens étaient, pour le Coran, réellement dans l’hérésie, celui-ci n’aurait pas déclaré que les gens du Livre [25] avaient en commun avec les Musulmans, les révélations et le même Dieu.

« Dites : Nous croyons en Dieu et à ce qui a été envoyé d’en haut à nous, à Abraham et à Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux douze tribus, aux livres qui ont été donnés à Moïse et à Jésus, aux livres accordés aux prophètes par le Seigneur; nous ne mettons point de différence entre eux, et nous sommes résignés à la volonté de Dieu… Dis-leur : Disputerez-vous avec nous de Dieu ? Il est notre Seigneur et le vôtre… » [26].

En réalité, l’authentique tri-unité transparaît dans le Coran.

« … nous avons accordé à Jésus, fils de Marie, des signes manifestes (de sa mission), et nous l’avons fortifié par l’esprit de la sainteté (ar-Rûh-ul-qudus ou Saint-Esprit)… » [27].

Ce verset est littéralement répété en II 254 :

« Il (Allah) dira à Jésus, fils de Marie : Souviens-toi des bienfaits que j’ai répandus sur toi et sur ta mère lorsque je t’ai fortifié par l’esprit de la sainteté… » [28].

En III 25(26), Dieu est invoqué sous le nom de Allahumma, forme calquée sur le mot hébreu :Elohim, pluriel d’Eloah. Cette même invocation : Allahumma est mise dans la bouche de Jésus en V 114 (114). Si l’on refuse de voir en cette invocation Allahumma un pluriel, on se perd en conjectures. Boubakeur le reconnaît quant il écrit que, sur l’origine et la formation de cette expression invocatoire « les grammairiens et les commentateurs se sont longuement étendus sans apporter une réponse décisive ».

De plus, dans de très nombreux passages, quand Allah parle, il utilise le pronom : nous.

Une saine exégèse coranique révèle que la christologie coranique et la christologie néotestamentaire ne sont pas très dissemblables.

B2. La mort de Jésus contestée…

Un seul verset du Coran, adressé aux juifs, semble mettre en doute la mort de Jésus à la croix :

« Ils disent : Nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l’Apôtre de Dieu. Non, ils ne l’ont point tué, ils ne l’ont point crucifié; un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué : … Ils ne l’ont point tué réellement. Dieu l’a élevé à lui, et Dieu est puissant et sage. » [29]

La phrase soulignée, traduite par Kasimirski « un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué », littéralement : « cela leur est seulement apparu ainsi », a été traduite par ailleurs diversement : Savary écrit : « un corps fantastique a trompé leur barbarie »; Blachère parle d’un « sosie »; Chouraqui écrit que « c’était seulement quelqu’un d’autre qui, pour eux, lui ressemblait »; René R Khawan écrit : « quelque chose de semblable leur est apparue »; pour Si Hamza Boubakeur : “ce n’était qu’un faux-semblant ».

Une première question se pose. Qui a été substitué à Jésus ? Qui était ce sosie ? Il règne un grand désaccord parmi les interprètes musulmans. Pour les uns ce serait un disciple de Jésus; pour d’autres, un émissaire des Juifs; pour d’autres encore Judas le traître; ou même un hypocrite…

L’hypothèse d’une substitution au moment de la crucifixion n’est pas péremptoire, et cela pour plusieurs raisons.

Premièrement, le texte arabe traduit mot à mot donne : « il lui fut ressemblé pour eux (walakin subbiha lahum) ». Il n’est pas question ni d’un autre substitué, ni d’un sosie ou d’un corpsfantastique.

Deuxièmement, le Coran n’exclut pas du tout la possibilité, pour Jésus, de mourir : « … nous avons accordé à Jésus, fils de Marie, des signes manifestes (de sa mission), et nous l’avons fortifié par l’esprit de la sainteté. Toutes les fois que les envoyés du Seigneur vous apporteront une doctrine qui heurte vos passions, leur résisterez-vous orgueilleusement, en accuserez-vous une partie de mensonge, et massacrerez-vous les autres ? » [30].

« Dieu dit à Jésus : Je te ferai subir la mort (tawaffa) et je t’élèverai à moi… »  [31].

Le verbe « tawaffa » signifie « faire mourir ». Boubakeur reconnaît que tawaffa peut se traduire : « Je mets fin à ta vie », mais il lui donne le sens de mettre fin à sa mission, à son passage terrestre.

Le Coran met, par ailleurs, dans la bouche de Jésus ces paroles : « La paix sera sur moi au jour où je naquis et au jour où je mourrai, et au jour où je serai ressuscité » [32]. Ces mêmes paroles sont utilisées au sujet de Jean-Baptiste [33], et dont la mort n’est pas contestée.

De plus, la mort par crucifixion et la résurrection de Jésus ont été prédites dans l’Ancien Testament [34]. Or, le Coran reconnaît la révélation vétérotestamentaire comme révélation divine.

Troisièmement, ce texte ne figure qu’une seule fois dans tout le Coran. Et il est adressé à certains juifs. Le Coran ne reproche jamais aux chrétiens de croire en la mort et la résurrection de Jésus.

Le sens de ce verset est le suivant : « Les juifs ont dit qu’ils ont tué le Messie à la croix; cela leur est bien apparu ainsi; mais ils ne l’ont pas tué pour de bon, puisqu’il est ressuscité et que Dieu l’a élevé vers lui ».

C’est là l’interprétation d’éminents théologiens musulmans : Ikwân al-Safa (983), Abu Hâtim Razî (934) et Mû’ayyad Chîrazi (1077). Cette interprétation se rapproche de l’interprétation chrétienne de l’événement de la croix.

Le Coran reconnaît que Jésus est présentement auprès de Dieu [35]. Il séjournera au ciel auprès de Dieu jusqu’à son retour que les Musulmans attendent : « Jésus est, en vérité, l’annonce de l’Heure (sous-entendu : l’heure du jugement) » [36].

Alors que les juifs attendent la première venue de leur Messie, les chrétiens et les musulmans attendent son retour glorieux.

L’apôtre Paul précise qu’en attendant son retour, Jésus exerce envers les croyants un ministère d’intercession : « … Christ est mort; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous ! » [37]. L’apôtre Jean qualifie et compare ce ministère à celui d’un « avocat » : « …je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez point. Et si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste » [38].

S’il existe certaines convergences entre la Bible et le Coran concernant Jésus, des divergences fondamentales subsistent. La filialité divine de Jésus et sa mort expiatoire sur la Croix pour le salut des hommes sont ignorées, voire niées par le Coran. Celui-ci ne donne donc de Jésus qu’une image tronquée dépouillée de l’essentiel, ne permettant pas de conduire au salut. « Car si vous ne croyez pas ce que je suis – dit Jésus – vous mourrez dans vos péchés » [39]. Pour trouver le salut, le musulman, comme tout homme doit se référer à la Bible pour y trouver le vrai portrait du Messie.

Robert Schroeder

Source : http://www.croiretcomprendre.be

 

 

[1] Nous nous sommes inspirés, pour écrire ce chapitre essentiellement des ouvrages suivants : Le Coran rend témoignage à Jésus-Christ; Jésus-Christ dans le Coran, de Georges Tartar; The person of Christ in the Gospel and the Koran, d’Abd-al-Fadi; Christus in den Traditionen des Islams, d’Ishak Ersen. La traduction du Coran utilisée et la numérotation des versets coraniques (numérotation dite “occidentale”) sont celles de Kasimirski (1840). Il peut y avoir un décalage de plus ou moins 1 à 10 versets par rapport aux traductions plus récentes, qui utilisent la numérotation dite “orientale”. Nous indiquons entre parenthèses cette dernière numérotation.

[2] Issa al Massih. En Arabe : “Jésus le Messie”.

[3] XIX 20(20); voir aussi XXI 91 (91)

[4] IV 169(171); voir aussi III 40(45); V.50(46), 79(75); XIX 31(30)

[5] III 40(45)

[6] III 41(46)

[7] XIX 19(19)

[8] III 40(45); IV 169(171)

[9] III 43 (48 et 49); voir aussi V 110 (110), 112(112), 114(114); XIX 30 (29).

[10] IV 169(171)

[11] XXI 91(91)

[12] LXVI 12(12)

[13] III 34(39)

[14] III 40(45)

[15] IV 169(171)

[16] CXII 1-4(1-4)

[17] VI 101(101); voir aussi LXXII 3(3)

[18] XVIII 1,3(1,4)

[19] Boubakeur (Cheikh si Hamza) : auteur d’une traduction du Coran avec « commentaire d’après la tradition, les différentes écoles de lecture, d’exégèse, de jurisprudence et de théologie, les interprétations mystiques, les tendances schismatiques et les doctrines hérétiques de l’Islam, et à la lumière des théories scientifiques, philosophiques et politiques modernes ». Mort en 1995.

[20] A priori trois divinités païennes. Sourates XLIII 18(19); LIII 19-20 (19-20)

[21] IX 30 (30)

[22] II 177(177), 215(218); IV 36(36)

[23] V 116(116)

[24] V 116(116)

[25] L’expression « les gens du Livre » désigne les croyants qui reconnaissent l’autorité des Saintes Ecritures bibliques, antérieures aux révélations du prophète Muhammad. En d’autres termes les Juifs et les Chrétiens.

[26] II 130(136), II 133(139)

[27] II 81(87)

[28] V 109(110)

[29] IV.156(157)

[30] II 81(87)

[31] III 48(55)

[32] XIX 34(33)

[33] XIX 15(15)

[34] Psaume 16.10; 22.17; Esaïe 53.5,10; Zacharie 12.10…

[35] III 48(55); IV 156(158)

[36] XLIII 61(61)

[37] Romains 8.34

[38] 1 Jean 2.1

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